Stigmatisation sociale

Stigmatisation sociale

Ce chapitre de psychologie sociale évoque le problème de la stigmatisation de certains individus et/ou populations. On y aborde les notions de catégorisation, stéréotypes, préjugés, stigmate, discrimination. On y parle de chercheurs américains et canadiens qui ce sont penché, au travers d'expériences, sur ces questions.  Il est nécessaire pour bien appréhender ce chapitre de maîtriser les notions de socialisation, groupes d'appartenance et de référence, et d'interaction sociale.

I. La catégorisation

Pour mieux connaître le monde, tout individu utilise une activité mentale de comparaison et de catégorisation. « Catégoriser », c’est placer les objets dans des catégories, étiqueter, afin de mieux les identifier. Nous procédons tous ici quand nous disons "les jeunes", "les bobos", "les geeks"... Cette généralisation crée un filtre qui crée une perception catégorielle.  Plus un individu catégorise, plus il aura une vision figée et simplifiée de la société, pour ne pas dire faussée. La psychosociologie analyse la façon dont le sujet classe des individus ou des thèmes de société, ce que l’on appelle des « objets sociaux ». Il existe quelques catégories de base qui sont les catégories dans lesquelles on classe immédiatement un individu. Généralement, ce sont l'âge, le sexe et l'ethnie. Ensuite, il existe des sous-catégories. Nous catégorisons les objets sociaux par besoin de simplifier notre environnement. 
Ce processus n'est pas sans conséquence sur notre perception des individus : il nous amène à exagérer les ressemblances intra catégorielles et les différences extra catégorielles. L'effet d'homogénéisation est renforcé lorsqu'il s'agit d'un exo groupe (groupe auquel on n'appartient pas). Il semble de surcroît légitimer le sexisme, le racisme, l'homophobie et tout jugement intolérant.

III. Les stéréotypes

La catégorisation produit des stéréotypes, c’est-à-dire des catégories qui sont pensées et vécues comme des réalités en soi. La construction des stéréotypes (la stéréo typisation) est un processus majeur de la construction de l'identité sociale. Les stéréotypes se basent sur croyances apprises très tôt par un individu. 

Certaines études tendent à montrer que vers 7 ans, l’essentiel des croyances sont acquises. On voit là l'importance des groupes que fréquentent les enfants : famille, crèche, école.  Ces stéréotypes apparaissent comme des tendances spontanées à sur-inclure et sur-généraliser. Concrètement, les études montrent que le processus de catégorisation, et le stéréotype qui en découle, nécessitent une simplification de la réalité qui se fait grâce à deux mouvements complémentaires : accentuation des ressemblances entre les individus et des différences entre les catégories dans lesquels ils ont été rangés. Pour ranger deux individus dans une même catégorie, il faut mettre l’accent sur les propriétés qu’ils se trouvent partager, même si objectivement, un plus grand nombre d’autres propriétés les distinguent. La catégorisation n'est possible que dans une recherche de similarité. Et lorsque le sujet catégorise des individus, il est lui-même directement impliqué dans l’opération de catégorisation. Si je catégorise un interlocuteur comme un intellectuel, je me positionne automatiquement comme semblable (un autre intellectuel) ou comme différent (un manuel, un pragmatique, un cancre ...).

IV. Les préjugés

Préjugés et stéréotypes sont indubitablement liés. Le préjugé est généralement considéré comme le pendant concret (attitude) du stéréotype. En effet, le préjugé génère un comportement, une attitude de la part de celui qui le porte. Si vous dites à une personne "Toi, tu es un Rom, tu es un voleur comme tous les Roms". Cette personne peut, par bravade, voler (elle confirme le préjugé), nier en se montrant plus ou moins agressive (elle infirme le préjugé).

Le psychologue américain Gordon Allport fut l’un des premiers à mettre en avant le lien entre attitude et préjugé lorsqu’il définissait le préjugé comme « une attitude négative, une prédisposition qui pousse les sujets à afficher un comportement discriminant envers certains groupes sociaux et leurs membres ».

Pour G.N. Fischer, psychologue spécialiste de la santé, le préjugé renvoie à « une attitude de l’individu comportant une dimension évaluative, souvent négative, à l’égard de types de personnes ou de groupes, en fonction de sa propre appartenance sociale. C’est donc une disposition acquise dont le but est d’établir une différenciation sociale ». Ainsi "un riche" ne sera pas la même personne, selon que l'individu qui la catégorise est pauvre ou issu de la bourgeoisie.

V. La stigmatisation sociale

Décrite en 1963 par le sociologue Erving Goffman, la stigmatisation est un phénomène de société. Le « stigmate » est à l'origine une marque faite au fer rouge sur l'épaule des délinquants (prisonniers, galériens). C'est le signe apparent de quelque chose de d'avilissant.  Goffman distingue trois types de stigmates : les monstruosités du corps, les tares du caractère et les stigmates tribaux (nationalité, religion). Les monstruosités du corps font référence à l'apparence physique hors normes ou malséante dans notre société : obésité, handicap physique, nanisme... Parmi les "tares du caractère", on peut citer le manque de volonté dans une société qui prône la réussite individuelle (si tu es gros, laid, vieux c'est que tu te laisses aller) :  certaines addictions (boulimie, kleptomanie...), la dépression... Les croyances égarées peuvent être appelées aussi troubles psychiques. Le stigmate se construit à travers ce que Goffman nomme l'identité sociale virtuelle. Ce sont les caractéristiques que nous prêtons à une catégorie de personnes (par exemple les « chômeurs »). L'identité sociale réelle, quant à elle, correspond à la véritable personne.  C'est lorsque l'écart entre identité sociale réelle et identité sociale virtuelle devient significatif qu'on peut parler de stigmatisation.

Par exemple, le chômeur peut être vu comme paresseux, profitant du système, alors qu'en réalité il n'a qu'un seul désir : retrouver un emploi. En période de crise notamment économique, la stigmatisation est très fréquente voire puissante. Les juifs dans l'Allemagne des années 30, les bénéficiaires de minimas sociaux depuis la crise de 2008 en France... en sont deux exemples. Le normal et le stigmatisé ne sont pas des personnes, mais des points de vue.Toute personne est susceptible de se retrouver stigmatisée dans certaines circonstances données.

VI. Effets de la stigmatisation sociale

On observe que dans toutes les sociétés, il existe des groupes de personnes qui sont victimes des stéréotypes d'infériorité. Les stéréotypes apparaissent alors comme une définition du groupe.  Ces stéréotypes nous semblent bien souvent une réalité et non une croyance. Et cela, d'autant plus que la réalité semble bien confirmer la validité du stéréotype. Ainsi, vous énoncez que les mères de familles monoparentales sont peu formées et pas diplômées, ce qui explique qu'elles ne trouvent pas de travail. Vous prenez ensuite ce que vous pensez être un échantillon représentatif : un groupe de formation "compétences clés" (remise à niveau en français et mathématiques d'élémentaire voire de début du collège). Vous pensez avoir apporté une illustration de votre "vérité". Alors que vous n'avez que donné un exemple qui valide une croyance, mais qui n'est que parcellaire. Autre exemple, on trouve peu de femmes mécaniciennes automobile. Le stéréotype est que ce métier n'est pas féminin et donc que les filles qui suivent cette formation sont des "garçons manqués". Le stéréotype est donc confirmé. La catégorisation peut donc donner lieu à de la discrimination. Pour exemple, le fait de dire "les Roms", "les racailles", "les trisomiques" ouvrent déjà la porte aux propos discriminatoires. Goffman distingue stigmates visibles et invisibles. Lorsque le stigmate est invisible, l'individu va essayer de le dissimuler pour ne pas être discrédité. C'est le cas par exemple d'un porteur du VIH qui craint d'être exclu parce qu’il a le SIDA". Le sujet va alors déployer une stratégie de faux-semblant pour ne pas révéler son stigmate.

Cette situation génère selon Goffman une angoisse profonde. Les stigmates visibles ont conduit certains services – dont Pôle Emploi – à pratiquer le CV anonyme. Partant du principe qu'il n'est pas avantageux de s'appeler Khaled, d'avoir un "type" asiatique ou d'être âgé de 56 ans, les documents sont anonymes. jusqu'à l'entretien d'embauche. Le mot « discrimination » vient du latin « discriminis», qui signifie « séparation ».

La discrimination est « l'action de distinguer de façon injuste ou illégitime, comme le fait de séparer un individu ou un groupe social des autres en le traitant plus mal » (dictionnaire le Robert). La discrimination est plutôt un comportement, une réponse, en conséquence du stigmate, du stéréotype ou du préjugé. Elle se traduit, par exemple, par le refus d’embaucher une personne qui a souffert d'un cancer parce qu’elle sera fragile, susceptible de retomber malade ... selon les préjugés du recruteur. La discrimination se traduit par un acte, un comportement qui est induit par le préjugé. Quand on parle de stigmatisation, il s’agit le plus souvent d’un phénomène qui regroupe l’ensemble des processus décrits précédemment : stéréotypes, préjugés puis discrimination. Les phénomènes de stigmatisation se situent aux niveaux :

  • Social : exclusion de la vie publique, participation limitée à la société
  • Interpersonnelle : ségrégation, exclusion
  • Intra personnelle : mésestime de soi, auto stigmatisation (ils ont raison puisque je suis "laide, handicapée, analphabète..."), agressivité envers les auteurs de la discrimination.

Les conséquences peuvent être nombreuses :

  • Difficultés d'accès à l'emploi,
  • Difficultés d'accès au logement,
  • Isolement social,
  • Souffrance psychique,
  • Communautarisme (se regrouper entre soi pour se sentir plus forts et plus légitimes)

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