La communication de groupe

La communication de groupe

La communication émise dans un groupe génère des statuts différents : émetteur, récepteur, témoins. La communication n'est pas toujours linéaire. Il peut y avoir des relations adjacentes. C'est le cas d'un cours dans lequel le professeur parle, les étudiants écoutent, exceptés deux qui bavardent entre eux. Dans un groupe harmonieux, tout membre est potentiellement émetteur et récepteur. Le réseau de communication fonctionne bien.

I. LES ENJEUX PSYCHOSOCIAUX DE LA COMMUNICATION

1. LES ENJEUX IDENTITAIRES

La communication est émise par un individu qui a un statut, un rôle, des appartenances à des groupes... Le message va être, lui aussi, adapté en fonction du statut, rôle... de l'émetteur. 

Madame X s'adresse à son fils :

« Je compte sur toi pour faire tes devoirs avant de regarder la télévision ». C'est la mère qui parle à l'enfant. Elle parle maintenant à son employeur : « J'aurais besoin de connaître le dernier chiffre d'affaires pour remplir le document destiné aux impôts. » Elle a changé de statut. Elle est ici en position de demande à un supérieur hiérarchique et non plus de parent qui définit les règles.

La communication a un enjeu identitaire parce qu'elle véhicule une image de soi. Si l'interlocuteur perçoit une image différente de celle que je veux donner, s'installe un malaise. On notera que les personnes fragiles , exclues... vont être sensibles à l'image qu'elles renvoient. L'enjeu identitaire est d'autant plus important que le statut social (emploi, revenus financiers, reconnaissance sociale...) est peu élevé. La personne qui se perçoit comme dévaluée, méprisée, ignorée peut alors répondre sur un mode d'agression ou de fuite (cf théorie d'Henri Laborit dans Eloge de la fuite ou l'ouvrage de Serge Paugham , la Disqualification sociale).

2. LES ENJEUX TERRITORIAUX

Nous avons chacun un territoire physique (cf. zones de proxémie dans le cours sur la communication non verbale) mais aussi psychique. Certains sujets abordés peuvent être également perçus comme des intrusions : vie privée, secrets, revenu.... Cela dépend d'ailleurs de la nationalité (demander son salaire à une personne n'est pas tabou aux USA), de l'âge , de la religion, du sexe (on ne demande pas son âge à une femme)...

3. LES ENJEUX D'INFLUENCE

Communiquer peut avoir comme visée d'influencer autrui : convaincre, séduire, menacer, pousser à agir... On peut donc distinguer deux stratégies en découlant :

- les stratégies de pouvoir (affrontement, intimidation, chantage, pression...)

- les stratégies de séduction (persuasion, complicité, attirance...)

II. LES FONCTIONS DE COMMUNICATION DE BALES

Le psychosociologue Roger Bales, s'est attaché à repérer l'émergence des rôles au fil des interactions dans un groupe. Cette démarche au départ empirique, vise à dégager un modèle de dynamique de communication. Il a défini 12 catégories d'attitudes lors de résolution de problèmes au sein d'un groupe (réunions) :

1. Montre de la solidarité (encourage, valorise, aide)

2. Produit de la détente (plaisante, montre sa satisfaction, dédramatise)

3. Manifeste son accord

4. Suggère (émet des avis sans s'imposer)

5. Donne son opinion, exprime ses désirs et ses sentiments

6. Donne une orientation (reformule, clarifie, valide...)

7. Demande une orientation

8. Demande une opinion

9. Demande des suggestions

10. Manifeste son désaccord

11. Manifeste de la tension

12. Montre de l'antagonisme

On peut alors distinguer les interventions centrées sur la tâche sous forme de réponses ou sous formes de demandes, les échanges socio-émotionnels positifs ou négatifs.

III. LE SOCIOGRAMME DE MORENO

Jacob Lévy MORENO repère le fonctionnement d'un groupe au moyen du test sociométrique. Celui-ci consiste à demander à chaque membre d’un groupe d’indiquer confidentiellement, ses sentiments d’attraction, de répulsion ou d’indifférence à l’égard des autres membres du groupe, en fonction d’un critère déterminé. Ce critère spécifie le contexte des choix et des rejets : travail à faire en commun, cohabitation, loisirs… Le résultat est représenté sous forme d'un graphique appelé sociogramme. Ici on présente l'attraction en traits continus et le rejet en pointillés.

On peut ainsi identifier les leaders (choisis par tous), les isolés (ne recueillant que l'indifférence), les parias (rejetés par tous). Ce sociogramme permet de voir que dans ce groupe, Paul est un leader.

IV. LA DYNAMIQUE DES GROUPES DE KURT LEWIN


Le psychologue américain Kurt Lewin, étudie tout particulièrement le rôle de leader. Celui-ci est désigné par le groupe et non par une instance extérieure. Ce sont une relation chaleureuse avec les membres du groupe, une écoute, une prise d'initiatives structurantes, une motivation du groupe, une stimulation du travail et une tendance à neutraliser les conflits qui conduisent à devenir leader. Lewin réalise une expérience sur le style de leadership. Dans cette expérience, il observe le comportement plus ou moins agressif d'enfants en fonction du leadership de l'adulte qui se trouve avec eux. Il met en évidence 3 styles de leadership : autocratique, laisser-faire et démocratique. Avec un leadership de type laisser-faire, le nombre de comportements agressifs est maximal. Les enfants ne se régulent pas : c'est la loi du plus fort. Le leadership autocratique donne lieu à deux types de comportements : soit une agressivité importante, soit une passivité totale qui se traduit par des comportements apathiques. C'est enfin la gestion démocratique qui montre les meilleurs résultats. Les enfants se sentent encadrés tout en ayant la possibilité de s'exprimer.

V. LES EFFETS DU GROUPE

1. LA RÉSISTANCE AU CHANGEMENT

Le groupe résiste au changement quand ce changement risque de le déséquilibrer, de le contraindre à se réorganiser. C'est le cas de certaines associations caritatives, où les retraités bénévoles de longue date, craignent de perdre leurs repères, leur place en modifiant quoi que ce soit.

2. LA NORMALISATION

Le groupe entraîne une construction de savoirs partagés, une représentation du monde identique pour tous les membres ainsi que des valeurs communes. La normalisation est très forte dans les groupes d'adolescents et de jeunes adultes, au point que des pratiques de harcèlement envers ceux qui ne rentrent pas dans cette norme, sont à déplorer fréquemment.

3. LE CONFORMISME

Le groupe influe sur la minorité. Dans le cas d'une décision erronée, les membres en désaccord se partagent entre soumis (qui privilégient le conformisme) et indépendants. Selon la taille du groupe, son âge, sa place dans la société..., le conformisme peut-être plus ou moins important.

4. LA SOUMISSION

Le psychologue Stanley Milgram, par ses expériences réalisées dans les années 60, vise à évaluer le degré d'obéissance d'un individu face à un cas de conscience (par exemple faire mal à quelqu'un juste parce qu'on vous en a donné l'ordre). Il met alors en évidence :

- la fonction d'affiliation (dépendance, respect des conventions, position enfants/parents dans le groupe)

- la fonction de mise en conformité (on obéit au groupe pour ne pas être déviant ou isolé)

- la fonction de légitimation ( le point de vue de la majorité ne peut être que norme et vérité) 

5. LA COHÉSION DE GROUPE

Celle-ci augmente en fonction :

- du nombre d'interactions positives Ø de l'influence du groupe sur ses membres Ø du sentiment de sécurité Ø de l'image positive que les membres ont d'eux-mêmes Ø du moral du groupe Si l'on prend l'exemple d'une épicerie sociale de la CAF qui propose des ateliers cuisine. Le groupe développera une cohésion, si l'ambiance y est chaleureuse, si chacun développe des compétences, si l'animateur préserve le groupe des dérives agressives...

6. L'EFFET JANIS

Du nom du psychologue Irving Janis, il définit la pensée groupale (appelée familièrement « moutonnière »). Il relève trois caractéristiques :

− des distorsions dans le traitement des informations,
− une absence de prise en compte des risques,
− un manque de recherches d'alternatives logiques et cohérentes.

Les groupes sectaires sont un exemple de cet effet : on donne des informations erronées comme étant vraies (la fin du monde), on met en danger les membres (grèves de la faim, suicides collectifs), on les place dans un univers cahotiques, loin des repères habituels.

Pour cela générer cet effet, il faut cinq conditions :

- une cohésion élevée du groupe,

- un isolement par rapport aux autres groupes,

- un leadership très directif,

- une situation globale anxiogène.

Là encore, on peut reprendre l'exemple de la secte avec son gourou, la peur qu'il génère chez les disciples (peur du "dehors", maltraitance...), l'isolement du reste de la société.

Cet effet entraîne deux conséquences collectives :

- une illusion (invulnérabilité, moralité, rationalité)

- une censure

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